Pau roule à l’hydrogène en «première mondiale »

Pau roule à l’hydrogène en «première mondiale »

Comment ça, plusieurs villes s’intéressent au «bus à haut niveau de service» (BHNS) ? Mais non, que cela soit dit, le futur bus de Pau, alimenté à l’hydrogène, « est une première mondiale », lance François Bayrou, maire (MoDem) de la ville et président de l’agglomération, qui reçoit au siège du parti dont il est aussi le président, à Paris.

Malgré un agenda chargé, M. Bayrou est disposé à parler longuement du Fébus, nom qu’il a choisi pour la ligne qui va traverser Pau, à partir de septembre. L’appellation fait référence à Gaston III de Foix-Béarn, dit Fébus, qui domina la région au XIVe siècle, et dont la statue trône aujourd’hui devant le château de Pau. L’élu a aussi choisi le design des rames et le revêtement des sièges, en cuir.

Mais M. Bayrou est surtout fier de la prouesse technique : « L’hydrogène, qui n’émet que de la vapeur d’eau, présente un bilan écologique exceptionnel et répond à une question majeure de ce siècle, le stockage de l’électricité ». À l’inverse, affirme-t-il, de la propulsion électrique classique, qui nécessite des batteries « au bilan carbone catastrophique ». L’hydrogène sera même produit sur place, le long de la ligne, grâce à des panneaux solaires. Et pour célébrer cette première, à laquelle s’intéressent, dit-il, « cinq ou six capitales européennes », c’est le président de la République en personne qui viendra inaugurer le Fébus, en septembre.

Réaménagement urbain

La ligne, 6 kilomètres de long, dessert, en 14 stations, les principaux attributs urbains palois, de l’hôpital à la gare, en passant par l’université, les halles récemment rénovées, et sans oublier les abords du boulevard des Pyrénées, d’où s’offre en toutes saisons une superbe vue sur le massif montagneux. Le bus circulera sur une voie réservée d’un bout à l’autre, sauf rue Gambetta, en plein centre-ville, où la municipalité ne s’est pas résolue à interdire l’accès aux voitures.

L’infrastructure s’accompagne d’un réaménagement urbain, et notamment de la création d’un parc entre les deux voies du bus, au nord du centre-ville. La municipalité en profite aussi pour vanter sa politique cyclable – on pourra d’ailleurs circuler à vélo sur la voie du Fébus, comme dans la plupart des villes qui se dotent d’un BHNS.

Le financement du projet, 74,5 millions d’euros au total, repose principalement sur une augmentation du « versement transport » permise pour les projets de ce type. Les objectifs en matière de « part modale » – proportion des trajets effectués selon les différents modes – ont récemment été revus. D’ici à 2030, affirme-t-on dans les services de l’agglomération, seuls 50 % des déplacements des Palois se feront en voiture, contre 70 % aujourd’hui

Antarctique ouest : pourquoi la fonte du glacier Thwaites inquiète les scientifiques

Antarctique ouest : pourquoi la fonte du glacier Thwaites inquiète les scientifiques

Un compte à rebours a débuté en Antarctique ouest. Et pour les scientifiques, l’issue ne fait plus aucun doute : cette partie du continent blanc est vouée à disparaître dans les années à venir.

Le glacier Thwaites, l’un des géants de la zone de la mer d’Amundsen qui fait 120 kilomètres de large, 600 de long et atteint 3 km de profondeur par endroits, est de plus en plus instable. “Il fait à peu près la taille de la Floride”, résume à France Info Jérémie Mouginot, chercheur au CNRS à l’Institut des géosciences de l’environnement à Grenoble. Un “monstre” responsable, chaque année, de 4% de la montée du niveau de la mer dans le monde, estime un communiqué de la Nasa (en anglais).

“Ce glacier se retire d’à peu près un demi-kilomètre par an, depuis une bonne vingtaine d’années”, précise Eric Rignot, professeur en sciences de la Terre à l’université de Californie à Irvine, chercheur au Jet Propulsion Laboratory, et coauteur d’une étude (en anglais) publiée le 30 janvier.

Le niveau des mers pourrait monter de trois mètres

Le réchauffement climatique joue un rôle avéré dans cette fonte du glacier Thwaites. Sous l’effet des eaux profondes qui se réchauffent, la ligne d’échouage recule. “C’est l’endroit où le glacier est en contact avec le sol”, explique Jérémie Mouginot, qui fait partie du panel de scientifiques responsables de l’étude. “Et quand on transforme de la glace posée en de la glace flottante, on la rend plus instable”, observe Emmanuel Le Meur, maître de conférences à l’université Grenoble-Alpes

Ces mouvements de glace font craindre un “scénario catastrophe”, reconnaît Eric Rignot. A force de reculer, cette ligne d’échouage entraînerait le détachement du glacier et sonnerait le début d’une réaction en chaîne : “Thwaites et le glacier voisin, Pine Island, vont entraîner le reste de l’Antarctique occidental”.

L’Antarctique occidental est condamné, à long terme, à disparaître.
Eric Rignot, professeur en sciences de la Terre à l’université de Californie à Irvine à France Info. Cette disparition causerait une hausse du niveau de la mer de plus de trois mètres, ce qui aurait des conséquences sur tous les littoraux du globe. “Ce n’est pas la peine d’être scientifique pour s’en rendre compte”, ajoute Emmanuel Le Meur. Pour les trois chercheurs, le processus enclenché est irréversible. 

“On va dans le mur, mais à quelle vitesse ?”

Observateur privilégié de ce glacier depuis trois décennies, Eric Rignot a conscience que “c’est impossible à arrêter”. Mais il pense que l’être humain peut encore influer sur la fonte de ces glaces. “Si on arrive à revenir à une période un petit peu plus froide par exemple, il est tout à fait concevable que le glacier continue à se retirer mais de manière très, très lente”, dit-il. Pour cela, il faudrait considérablement réduire les émissions de gaz à effet de serre, “c’est-à-dire avoir des économies, des modes de vie de moins en moins tributaires de ces énergies fossiles que sont le pétrole et le charbon”, avance Emmanuel Le Meur. 

“J’ai toujours en tête cette phrase du spécialiste du climat Jean-Marc Jancovici, conclut-il. Le problème, ce n’est pas le fait qu’on aille dans le mur ou pas. On va dans le mur ! Le problème, c’est à quelle vitesse on y va, à 50 km/h ou à 5 km/h ?”.

Faillite Pacific Gas & Electric Company

Faillite Pacific Gas & Electric Company

ANALYSE – Pacific Gas & Electric Company, l’EDF de la Californie, vient de se déclarer en faillite, la plus importante depuis Lehman Brothers. Sa chute en dit long sur la façon dont les changements climatiques peuvent affecter les entreprises. Le monde financier ne peut désormais plus y rester insensible.

La société est presque inconnue de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est pourtant un géant de l’énergie américain, l’EDF de la Californie, qui apporte chaque jour l’électricité à 16 millions de foyers. Ce géant américain s’appelle Pacific Gas & Electric Company, ou PG & E, et il vient de se déclarer en faillite. Sa chute est la plus grosse défaillance depuis l’effondrement de Lehman Brothers il y a dix ans. Elle en dit long sur la façon dont les changements climatiques peuvent désormais affecter les entreprises.

Les malheurs de PG & E commencent en novembre dernier,  lorsque de violents incendies ravagent la Californie. L’incendie Camp Fire dévaste 14.000 maisons et fait 86 morts dans la petite ville de Paradise. L’opérateur basé à San Francisco est rapidement pointé du doigt. Un de ses pylônes à haute tension est situé au beau milieu de la zone du Camp Fire.  PG & E a lui-même notifié qu’il avait été victime d’un incident quelques minutes avant le début de l’incendie. Selon une piste explorée par les enquêteurs, une attache défaillante a pu laisser une ligne de 115.000 volts entrer en contact avec le pylône métallique, provoquant des étincelles qui auraient enflammé la végétation voisine, mal entretenue.

Les superviseurs se penchent sur l’impact du changement climatique pour les assureurs

Rien ne permet pour l’instant de confirmer cette hypothèse. Mais qu’importe. Au regard de la loi californienne, celui qui a déclenché un incendie est le seul responsable en matière civile, même s’il n’a commis ni faute ni négligence. Les victimes et leurs compagnies d’assurances ont vite fait de s’engouffrer dans la brèche en déposant de multiples plaintes contre PG & E. La société estime à 30 milliards de dollars les dédommagements qui lui sont demandés. Elle est incapable d’y faire face : sa directrice générale a démissionné et l’entreprise s’est donc placée sous la protection du fameux « chapitre 11 », qui la protège, pour un temps, de ses créanciers.

Un coupable idéal

Il faut dire en plus que PG & E a une tête de coupable idéal. L’opérateur a déjà été mis en cause dans 17 incendies survenus en 2017. C’est aussi lui qui avait été condamné après une explosion de gaz en 2010 à San Francisco, pour cause de mauvais entretien du réseau. Lui encore qui avait été poursuivi de sa vindicte par la désormais célèbre Erin Brockovich pour avoir déversé des produits toxiques dans l’eau d’une petite localité de Californie ! Inutile d’aller chercher plus loin le responsable des incendies de Californie… « Il est clair que le ‘Camp Fire’ résulte du mépris délibéré affiché par PG & E pour la sécurité publique », accuse le comté de Butte, qui a porté plainte contre l’opérateur. L’Amérique aurait pourtant tort de se contenter de ce bouc émissaire. Car elle passerait à côté de l’essentiel.

La cause exacte de la plupart des incendies de Californie reste indéterminée. Mais on sait que les conditions climatiques et hydrologiques de l’Etat sont propices à de tels embrasements. Car, à l’ouest des Etats-Unis, le réchauffement global ces dernières années a réduit l’accumulation du manteau neigeux durant les hivers froids et humides, et a avancé le début du printemps. Les étés sont secs et plus longs. Les sols et la végétation sont asséchés, et les bourrasques automnales qui poussent de l’air chaud vers la Californie alimentent amplement les feux de forêt. Selon  l’étude « sigma » de Swiss Re, référence sur les catastrophes naturelles, les gros incendies faisaient rage pendant six jours en moyenne entre 1973 et 1982 avant d’être maîtrisés. Depuis, cette durée est passée à plus de 50 jours…

On savait le réchauffement climatique responsable de la multiplication des ouragans dévastateurs dans le golfe du Mexique. Il est aussi à l’origine  de l’augmentation de la fréquence et de la gravité des incendies en Californie – leur coût avait déjà dépassé 14 milliards de dollars en 2017. Et il vient donc de faire sa première victime boursière avec la faillite de PG & E. L’opérateur a peut-être déclenché l’étincelle – les enquêtes devront le démontrer. Mais il est loin d’être le seul à blâmer pour cette catastrophe. Que dire des comtés qui n’ont pas entretenu les forêts ? Des autres entreprises qui continuent d’émettre massivement des gaz à effet de serre ? Et des pays qui ne respectent pas les engagements de l’Accord de Paris ?

Un signal d’alarme

Cette affaire va bien au-delà de la Californie. Elle devrait en effet agir comme un signal d’alarme pour les marchés, et pousser toutes les parties prenantes à mieux tenir compte des risques liés aux dérèglements climatiques. Ils paraissaient obscurs et lointains jusqu’à maintenant. La faillite de PG & E montre qu’ils peuvent affecter directement et brusquement la vie des entreprises. Y compris en provoquant leur mort

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Les législateurs et les régulateurs ont un rôle à jouer.  La sénatrice américaine Elizabeth Warren, la nouvelle star de gauche du Parti démocrate, veut par exemple contraindre tous les groupes cotés à indiquer dans leur rapport annuel comment le changement climatique peut affecter leur valeur à long terme. Un « Climate Risk Disclosure Act » ambitieux qui angoisse déjà Wall Street…

Mais il y a beaucoup d’autres armes possibles. Les banquiers doivent cesser de prêter aux industries les plus polluantes et accélérer le financement des énergies renouvelables. Les gestionnaires de fonds doivent encourager les entreprises dans lesquelles ils investissent à réduire leur empreinte carbone, voire exclure les plus mauvais élèves de leurs portefeuilles. Ils peuvent aussi pousser les dirigeants à lier leurs salaires à des objectifs précis de réduction des émissions de CO2, comme certains pétroliers ont commencé à le faire. Le mouvement est enclenché et semble inéluctable. La bataille du climat se joue aussi dans le monde financier.

Guillaume Maujean