Le climat, nouvelle donne pour penser les guerres de demain

Le climat, nouvelle donne pour penser les guerres de demain

Les bouleversements climatiques pourraient exacerber les tensions présentes dans des zones vulnérables économiquement et politiquement.

En 2007, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait qualifié le conflit au Darfour, qui a fait 300 000 morts et déplacé deux millions et demi de personnes depuis 2003, de « première guerre du changement climatique ». Cette affirmation avait provoqué une prise de conscience mondiale, entraînant plusieurs travaux de recherche sur le sujet. Ainsi, Marshall Burke, économiste de Berkeley, a établi, peu de temps après, un lien entre changement climatique et guerres en Afrique subsaharienne. En comparant les courbes de températures et l’historique des conflits, le chercheur a prédit que les guerres causées par le réchauffement climatique feraient plus de 459 000 morts d’ici à 2030.

Parce qu’elle raréfie les ressources telles que l’eau, la hausse des températures est aujourd’hui considérée comme un risque au niveau de la sécurité mondiale. En 2014, le rapport « Un nouveau climat pour la paix : agir pour le climat et les risques de fragilité », commandé par les membres du G7 à l’occasion de la COP21, identifie ainsi sept menaces : la compétition pour l’accès aux ressources locales, les migrations climatiques, les catastrophes et événements météorologiques extrêmes, la volatilité des prix de l’alimentation et les difficultés d’approvisionnement, la gestion des eaux transfrontalières, l’élévation du niveau des mers et la dégradation littorale, les effets non intentionnels des politiques climatiques.

 Le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, de l’Est et l’Afrique centrale, ainsi que certains pays d’Asie centrale, feront face aux risques de sécurité les plus importants à court terme », explique Caitlin Werrell, cofondatrice du Centre pour le climat et la sécurité. A plus long terme, la population côtière et urbaine croissante dans la région Asie-Pacifique au sens large sera également particulièrement vulnérable. Mais tous les pays peuvent être menacés. En 2014, la feuille de route pour l’adaptation au changement climatique du département de la défense des Etats-Unis alertait déjà des « risques immédiats [dus au changement climatique] pour la sécurité nationale américaine », citant la vulnérabilité des installations militaires côtières.

Gérer les impacts sur la sécurité

Pour autant, le réchauffement climatique n’est bien sûr pas l’unique cause des conflits qui embrasent ces régions. Selon Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, « il ne faut pas minimiser les causes socio-économiques et le lien avec les politiques d’exploitation des richesses. La crise climatique est indéniable mais il ne faut pas qu’elle serve de prétexte à des politiques de développement médiocres ». Ce que confirme Caitlin Werrell. « Les conflits résultent d’une multitude de facteurs. Griefs existants, mauvaise gestion des ressources, érosion du contrat social entre l’Etat et le public, changements démographiques, disparités économiques, etc. Le changement climatique ne sera donc probablement pas la seule ni même la principale cause de conflit ».

Il est cependant certain que le réchauffement climatique fragilisera davantage les Etats et les sociétés. Alors comment éviter qu’il ébranle, même de manière secondaire, la sécurité internationale ?

« S’attaquer aux risques du changement climatique pour la sécurité signifie éviter les impossibles à gérer et gérer les inévitables », prévient Caitlin Werrell. Pour éviter ce qui est ingérable, « les gouvernements doivent déployer des efforts considérables pour réduire l’ampleur des changements climatiques au cours de la prochaine décennie », selon le Centre pour le climat et la sécurité. En réduisant les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation et plus généralement les impacts négatifs de l’homme sur la planète.

« En matière de gestion de l’inévitable, les gouvernements et les sociétés doivent engager les ressources nécessaires pour gérer les impacts du changement climatique sur la sécurité alimentaire, hydrique et énergétique, poursuit l’Américaine. Aujourd’hui le climat est devenu un sujet majeur lorsqu’on parle de sécurité internationale, il est temps de le prendre en compte à hauteur de ses conséquences et de l’intégrer dans les stratégies de sécurité nationale, de défense, de diplomatie et de développement

Source Le Monde 3 Juin 2019

Sommes-nous face à un tournant dans la lutte contre l’esclavage ?

Sommes-nous face à un tournant dans la lutte contre l’esclavage ?

Nous assistons à un changement crucial dans la lutte mondiale contre l’esclavage. Les grandes entreprises aux États-Unis, en Europe et en Australie assument, plus que jamais, la responsabilité de débarrasser le monde de ce crime épouvantable. Et elles le font à la lueur des médias et dans un contexte de sensibilisation croissante des consommateurs.

L’esclavage moderne est depuis longtemps un crime caché, interdit dans tous les pays mais endémique dans le monde entier. Le commerce de la traite des êtres humains d’un montant de 150 milliards de dollars prospère là où les personnes sont le plus vulnérables et se développe parallèlement aux catastrophes humanitaires ; il suffit de regarder comment les crises de réfugiés ont fait des personnes déplacées et désespérées une cible facile pour les trafiquants, ou comment un conflit a réduit les populations à la pauvreté, lorsque des droits humains fondamentaux sont sacrifiés pour rester en vie.

Sur les quelque 40,3 millions de personnes actuellement réduites à l’esclavage, 70 % sont contraintes au travail forcé, exploitées et maltraitées. Des hommes, des femmes et des enfants sont asservis par la dette, privés de leur dignité et de leur liberté. Ils sont le visage d’une humanité réduite à de simples marchandises, travaillant sans rémunération dans des usines, des fermes ou des champs, ou risquant leur vie quotidiennement dans des mines délabrées, sur des bateaux de pêche ou en ouvrant des fèves de cacao. Ils sont les victimes silencieuses d’une économie toxique poussée par une soif mondiale de produits et services toujours moins chers – souvent impossibles à retracer, toujours impossibles à quantifier.

Mais lentement, la honte secrète du monde devient plus visible. L’attention accrue des médias a entraîné une prise de conscience croissante des consommateurs et, de manière cruciale, les entreprises doivent y faire face.

Les PDG d’entreprises mondiales commencent à se diriger vers la transparence et la gestion de leur chaîne d’approvisionnement. Unilever est l’un des meilleurs exemples de ce leadership modèle.Adidas, qui a remporté le prix Stop Slavery l’année dernière, emploie 1,3 million de personnes. Néanmoins, il a établi des directives strictes en matière d’approvisionnement responsable, identifiant les risques de travail forcé jusqu’aux matières premières utilisées dans ses chaînes d’approvisionnement. Il s’agit d’un effort considérable. Walmart, premier employeur privé au monde avec 2,3 millions d’employés, collabore avec d’autres détaillants, fournisseurs.

Des pressions en faveur d’une législation européenne sont également d’actualité. En septembre 2017, huit parlements nationaux au sein de l’UE ont appelé à une législation normalisée visant à encourager les entreprises à s’attaquer aux problèmes des droits de l’homme. Imaginez l’impact global de l’approbation d’un marché de cette envergure.

Le vrai changement, cependant, arrivera lorsque les entreprises commenceront à se vendre activement comme des sociétés n’employant aucun esclave auprès de la prochaine génération de consommateurs avisés.